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Editorial
Issue
Perspectives Psy
Volume 64, Number 4, Octobre-Décembre 2025
Page(s) 355 - 357
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/2025070
Published online 2 mars 2026

L’épidémie due au coronavirus, avec son cortège d’angoisses et de crises qui ont accompagné son déroulement, ont montré que la parentalité est toujours difficile lorsque les réseaux de soutien social des parents sont limités et que les expériences négatives ou traumatiques de l’enfance en augmentent la charge.

Les enfants anxieux, souffrant de problèmes psychologiques ont particulièrement besoin de la fonction d’étayage de leurs parents. Il est important d’impliquer les parents en tant que partenaires centraux dans chaque thérapie destinée aux enfants et adolescents. Parfois, les conseils des parents et leur soutien en sont même l’élément crucial. Ce constat s’applique d’abord à la période de la petite enfance, où les interventions, le comportement des parents, ont toujours des effets chez les enfants. À chaque étape supplémentaire de son avancée en âge l’enfant a besoin que ses parents établissent des normes à partir de leur façon d’être, qui lui offre un cadre sécurisant tout en aménageant des espaces de liberté dans des limites nécessaires à l’acquisition de l’autonomie. Une éducation réussie résulte d’une série de « batailles perdues la tête haute ». Si les parents s‘affrontent légitimement à un enfant d’âge préscolaire afin qu’il range sa chambre, qu’il ne se perde pas dans le chaos d’un excés trop courant de jouets et d’offre d’objets électroniques mis trop précocement à sa disposition, ils ont manqué quelque chose s’ils se disputent encore sur ces sujets avec des enfants ou des adolescents pubères. La confrontation et la discussion sérrées sont nécessaires avec les enfants et les adolescents afin qu’ils comprennent comment nous, adultes, pensons le monde, quelles attitudes nous adoptons et, en fin de compte, que tout n’est pas sans importance.

À cet égard, le développement des instances morales chez l’enfant est influencé par sa confrontation à ses parents. Cette proposition s’applique aussi bien à la sexualité qu’à l’utilisation expérimentale de substances addictives ou à la façon de se comporter dans un groupe de pairs et face aux nouveaux défis numériques tels que le harcèlement, les violences sexuelles ou les agressions en ligne. L’important n’est pas que les parents aient toujours le dernier mot dans les conflits mais qu’ils aient le souci de leur enfant. Il s’agit avant tout d’établir une relation de confiance. Dans ce contexte, un « d’accord » ou un « pas d’accord » sur la base d’une relation affectivement vécue peut tout aussi bien conduire à des compromis.

En psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, nous rencontrons de plus en plus de situations d’urgence en particulier de tentatives de suicide de jeunes filles. Ces adolescentes, relativement stables sur le plan psychologique, envahies par la honte, passent à l’acte après que leur ancien petit ami ou le premier partenaire sexuel aient diffusé du matériel photo ou vidéo via Internet dans la classe et donc finalement dans le monde entier.

Le schéma suivant se dessine : les parents et l’école avaient mis en garde contre de tels enregistrements ou les avaient explicitement interdits. Il devait être clair, pour les enfants concernés, qu’une telle pratique était transgressive. Dans l’émotion du premier engouement, les victimes, dans un excès de confiance, se sont persuadées que « leur merveilleux ami ne ferait pas une telle chose » et elles ont agi contre l’avis ou l’interdiction de leurs parents. Elles se sentent d’autant plus désemparées que leur confiance a été abusée. Comment dès lors regarder leurs parents dans les yeux ; dans ce contexte le suicide est vécu comme un dernier recours. Les parents doivent faire comprendre que, quelque soit la nature des conflits, les adolescents peuvent toujours attendre d’eux un échange, des paroles et que les parents restent restent inconditionnellement leurs parents, quoi qu’ils fassent. Ce qui prime c’est la qualité de la relation, plus que l’instauration de règles. Celles ci sont intériorisées et intégrées dans leur propre monde, et s’inscrivent dans une moralité élevée, si elles ont été acquises au cours de relations durables. Il existe sur Internet de multiples services de counseling pour les parents, allant de cours qui enseignent utilement des techniques parentales, par exemple basées sur Triple P, un modèle entre autres, de soutien à la parentalité, à la désinformation massive et un appel à une gravité nuisible. Il n’y a, dans ce domaine, aucune assurance de qualité et souvent, les parents se sentiront encore plus déçus et seuls, face aux allégations formulées.

Les parents devraient pouvoir trouver des occasions de discussion positive. Mon ami Michel Wawrzyniak, qui est riche d’expérience dans le traitement des enfants ayant des relations parentales difficiles, accueillis dans des institutions spécialisées, a également été très actif dans les services de conseil aux parents et a organisé l’intervision collégiale d’un réseau d’écoutants du N° vert de la Féderation nationale des écoles de parents et des éducateurs (Fnepe) qui s’offrent aux parents comme partenaires de réflexion. Ce collègue décrit très bien la peur qui émerge au début d’une telle consultation et qui affecte les deux parties. L’objectif est alors d’identifier l’individu et la nouveauté dans chaque situation rencontrée et de relativiser les stéréotypes des guides parentaux.

C’est, justement chez ces enfants, placés en institution type foyer, afin de les protéger de négligences, de maltraitances ou, en fin de compte, d’une relation parent-enfant défaillante, que la nécessité de préserver la relation parentenfant se justifie.

Dans une enquête qualitative menée auprès de jeunes Suisses, nous avons découvert à quel point il est important que les parents autorisent leurs enfants à bénéficier d’un placement en foyer, où ils se sentent mieux, plutôt que de les laisser vivre un conflit de loyauté entre l’institution et le foyer familial. Le travail biographique, impliquant les parents, est essentiel pour ces enfants.

Au Centre de recherche sur les traumatismes de l’Université d’Ulm, nous travaillons sur le thème du « stress et du traumatisme de la petite enfance ». Des parents, ayant traversé de telles expériences, craignent de nuire à leurs enfants parce qu’ils ont un savoir livresque sur le « cycle de la violence ». Certaines de ces personnes concernées font le choix de ne pas avoir d’enfant. Les résultats de nos recherches sur la transmission de la violence montrent le rôle central de notre propre ressenti face à l’éducation que nous avons vécue chez nos parents. Que voulons-nous prolonger ? Qu’est-ce qui nous a fait du mal ? Qu’avons-nous rejeté ? Comment voulons-nous faire mieux ? Où y parvenons-nous ? Où échouons-nous ?

Les mères, et surtout les pères, qui avaient une vision alternative à l’éducation reçue de leurs parents, n’ont pas montré de risques accrus quant à l’usage de châtiments corporels ou psychologiques vis à vis de leurs enfants. La réflexion sur sa propre histoire et le questionnement de son comportement sont des atous dans le non renouvellement trangénérationel de la violence. Cela justifie la rencontre d’inter locuteurs bénévoles ou professionnels et dans la thérapie car tous les enfants aspirent à avoir des parents forts, capables de les soutenir et qui soient prêts à discuter. n

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