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Editorial
Issue
Perspectives Psy
Volume 55, Number 1, janvier-mars 2016
Page(s) 5 - 7
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/2016551005
Published online 8 juin 2016

La nouvelle loi votée en janvier 2016, instituant les « Groupements Hospitaliers de Territoire », s’inscrit dans les dispositifs législatifs et réglementaires qui organisent les finances, les politiques et la performance publique comme la précédente loi de santé, la Loi HPST (Guilé, 2009).

En coordonnant la répartition des moyens médicaux à l’échelle d’un territoire, cette nouvelle Loi apparaît centrée sur les besoins des patients, en termes d’accessibilité et de qualité, tout particulièrement en zone rurale. Comment mieux défendre la psychiatrie de

proximité fidèle à l’esprit du secteur ? Dans le contexte de restriction budgétaire contemporain, cette Loi et ses décrets d’application seront drapés dans la vertu d’une gestion rationnelle des fonds publics et pourront en effet contribuer à cette bonne gestion, en supposant par ailleurs que la France des corps intermédiaires ait bien dissout toutes les agences, commissions, missions et conseils qui servent, élections après élections, à recaser les élus non-réélus et leurs conseillers sans emploi et sans autonomie.

Le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) dont la mise en place est obligatoire dans les prochains mois, rassemble plusieurs établissements hospitaliers partageant des filières patients voisines et des missions de soins complémentaires afin de mutualiser un certain nombre de fonctions support. Ce dispositif est subordonné à un projet médical partagé élaboré par les communautés médicales des établissements appartenant à ce GHT, à l’instar des projets élaborés au sein des Communautés Hospitalières de Territoire actuelles. L’Agence Régionale de Santé fixera la composition des GHT en tenant compte des souhaits exprimés par les établissements, sans y être lié. L’objectif étant de réduire le nombre de structures hospitalières, les établissements, y compris psychiatriques, sont invités à de larges regroupements au sein de GHT polyvalents, les GHT psychiatriques devant rester l’exception.

Le texte de Loi mentionne également un dispositif propre à nos disciplines, dénommé Communauté Psychiatrique de Territoire (CPT), qui découlera d’une politique de santé mentale de territoire élaborée par l’ensemble des acteurs de terrain dans les champs sanitaire, médicosocial et social.

Ce nouveau dispositif de GHT est une opportunité pour les établissements psychiatriques, tout particulièrement pour les territoires ruraux isolés où la constitution de GHT monodisciplinaires pourrait renforcer l’aliénation de ces établissements à des pratiques coupées de l’évolution des connaissances et des besoins des usagers. Ces établissements s’enfermeraient dans des archaïsmes corporatistes, sans attractivité pour les jeunes praticiens et à terme sans agrément de leurs services comme terrain de stage validant pour les internes de spécialité.

Même si l’on aime à écrire que notre discipline est « une spécialité ni tout à fait la même, ni tout à fait autre » que les autres spécialités, on doit pourtant l’inscrire dans le champ médical. Revendiquer « l’exception culturelle » pour la psychiatrie est par trop évitant ou défensif et risque de conduire à terme, par la politique de la chaise vide, par aveuglement et surdité aux évolutions des usagers, à décrédibiliser nos pratiques et voir des pans entiers de pathologie détournés de la psychiatrie, à l’aune de ce qui se passe pour l’autisme.

Le fossé se creusera, au détriment de la psychiatrie et de la psychologie cliniques, entre la psychiatrie et la psychologie universitaires d’une part et la pratique de soins d’autre part. Ceci ne fera qu’accroître le malentendu entre les soignants et les usagers, comme cela peut être rapporté dans plusieurs Centres Médico-Psychologiques. Cela n’aidera pas non plus à rendre plus efficients et fluides les parcours de soins passant par les urgences des hôpitaux généraux et les consultations de psychiatrie de liaison.

Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain et de fermer les hôpitaux psychiatriques. Le développement des secteurs et la réentrée des consultations de psychiatrie dans les hôpitaux généraux sont bien à leur actif. Ils n’ont pas attendu les dernières lois santé pour s’attaquer aux urgences psychiatriques et réfléchir de façon continue et spécifique aux enjeux éthiques et thérapeutiques des hospitalisations libres et sous contrainte en milieu spécialisé.

La clinique de la relation, la pratique de proximité articulée aux enjeux familiaux, scolaires, professionnels et sociaux et les riches ouvertures psychopathologiques, enrichies aussi bien par les neurosciences que par les lectures anthropologiques et les pratiques psychanalytiques, font de nos disciplines, psychiatrie générale, pédopsychiatrie et addictologie, une médecine particulière, à considérer comme telle.

On ne gagnera pas en lissant l’enseignement, la recherche et la pratique sous le couperet des critères bibliométriques ou médico-économiques, mais on gagnera encore moins en s’isolant. Il est plus positif et respectueux de notre expertise, de combattre dorénavant sur le même champ que les autres disciplines médicales et de rejoindre les GHT polyvalents. À charge pour nous de demander à conduire la filière au sein de ces GHT, de prendre toutes les dispositions nécessaires pour garantir la traçabilité des budgets et l’efficience des lignes de communication et de décision propres à cette filière et d’organiser de façon collégiale le projet de soins, de recherche et de formation.

Nous serons plus fort alors pour aborder le second défi qui sera d’articuler les soins psychiques offert par le GHT aux actions de nos partenaires de compétence départementale au sein du projet territorial de santé mentale, tel que proposé avec le dispositif de Communauté Psychiatrique de Territoire.

Références

  1. Guilé, JM. (2009). Logique de performance et soins psychiques. Perspectives Psy, 48(2), 113–116. [CrossRef] [EDP Sciences] [Google Scholar]

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