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Editorial
Issue
Perspectives Psy
Volume 64, Number 2, Avril-Juin 2025
Page(s) 127 - 128
Section Éditorial
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/2025043
Published online 23 septembre 2025

La psychiatrie, étymologiquement « la médecine de l’âme » qui doit son nom au psychiatre allemand Johann Christian Reil (1868) est une spécialité médicale qui se consacre au diagnostic, à la prévention et au traitement des maladies mentales dans une approche biopsycho-sociale. Ce nom de psychiatrie étymologiquement si beau est devenu quasiment imprononçable, disparaissant subrepticement en se diluant dans la santé mentale qui a le vent en poupe. La santé mentale qui, dans une acception large et positive a été définie par l’OMS en 2001, représente bien davantage que l’absence de troubles ou de handicaps psychiques, elle renvoie à la capacité des individus et des communautés de fonctionner de manière optimale, la responsabilité des états et de la société dans son ensemble est engagée dans la problématique de la santé mentale des citoyens. Pour la préserver ou la favoriser il est salutaire de conduire de véritables démarches de santé publique intégrées et de développer des politiques « du prendre soin » dépassant le seul cadre de la psychiatrie.

Néanmoins en se focalisant sur la santé mentale, la psychiatrie est marginalisée, oubliée, de nouveau stigmatisée et pour beaucoup une confusion et une fusion s’opèrent entre les deux termes jusqu’à entendre certains dire : « il ne faut pas stigmatiser la santé mentale » ou intituler un article du monde : « La santé mentale sous contrainte »(1) Le CCNE1 dans son avis 147 : « Une alerte du CCNE, enjeux éthiques relatifs à la crise de la psychiatrie » alerte sur la crise de la psychiatrie : « En toute logique la volonté de considérer la santé mentale comme une “priorité nationale” implique de porter une attention aiguisée sur le champ plus restreint de la psychiatrie qui est le domaine au sein duquel l’éloignement de toute santé mentale réelle est le plus grand. Aucune politique raisonnable orientée vers la santé mentale ne saurait donc éluder l’urgence d’une politique de santé publique à destination de cette discipline » La psychiatrie est dans un état critique mais notre société est dans le déni, en ne parlant que de santé mentale, la psychiatrie devient l’éléphant dans la pièce. Les politiques, les journalistes se gargarisent en prononçant le mot « santé mentale » comme s’il effaçait de façon magique la réalité de la psychiatrie dont les équipes essaient de tenir en portant à bout de bras leurs unités. Faisons entendre notre voix pour exiger « un plan psychiatrie » digne de ce nom, une feuille de route ministérielle santé mentale sans « réarmement » de la psychiatrie serait une supercherie.

Dire : Santé mentale à la place de Psychiatrie, « c’est mal nommer les choses et c’est ajouter au malheur de ce monde », comme l’a dit Camus.

Liens d’intérêt

L’auteur déclare n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


(1)

La psychiatrie publique en France, un système à bout de souffle. Enquête « La santé mentale sans consentement » (1/3) Le Monde du 10/ 01/ 2025

1

Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé.


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