Accès gratuit
Numéro
Perspectives Psy
Volume 58, Numéro 4, octobre-décembre 2019
Page(s) 337 - 338
Section Analyse de livres
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/201954337
Publié en ligne 27 mars 2020

Le bébé et ses possibles

Bernard Golse

Toulouse : Érès, juin 2019

Dans Le bébé et ses possibles, Bernard Golse nous implique dans sa trajectoire personnelle et professionnelle en regard de l’évolution de la pédopsychiatrie enrichie par les travaux psychanalytiques dans ce siècle et le siècle dernier et, nouvellement, de la génétique, des neurosciences et du « neurodéveloppement » quand ceux-ci n’évacuent pas le psychique et le relationnel.

Sa trajectoire, qu’il nous confie à demi-mots dans le premier chapitre, est tout entière à cette image : pour comprendre l’adulte et ses choix, il faut comprendre l’adolescent et plus loin encore, l’enfant qu’il a été avec ses expériences structurantes et destructrices, et aller chercher le bébé dépendant qui demeure en lui - dans les profondeurs de sa psyché et de ses aires et circuits cérébraux... Il faut connaître les subtilités de son développement normal et/ou pathologique qui ont laissé souvent des noyaux ou zones traumatiques qui agissent encore à tous les âges de sa vie, mais qui aussi ont permis qu’éclosent bien des potentialités. Par ses propres choix, entre musique et pédopsychiatrie psychodynamique, il nous rappelle que notre pratique est aussi un art.

Avec la description des quatre grands chantiers du développement qui s’ouvrent au nourrisson :

  • Le chantier de l’autoconservation qui permet l’enclenchement des grandes fonctions vitales de l’organisme,

  • Le chantier de l’attachement qui permet à l’enfant de réguler au mieux la juste distance physique avec autrui afin de construire son espace de sécurité,

  • Le chantier de l’intersubjectivité qui permet à l’enfant de réguler sa juste distance psychique avec autrui afin de se sentir exister comme une personne à part entière,

  • Le chantierquipermetàl’enfantde régulerses expériences émotionnelles et de modifier son environnement pour rechercher les expériences de plaisir et éviter le déplaisir, et qui va l’amener aussi à tenir compte du plaisir d’autrui.

Et dans de grands chapitres tels que :

Comment le bébé ressent le monde

Le bébé entre interpersonnel et intrapsychique

Percevoir, symboliser, parler,

Le bébé et les autres

Le bébé et le traumatisme

Le bébé dans l’adulte

Vers une épistémologie du lien ?

Repenser la question de la causalité

Faire confiance au bébé.

Bernard Golse revisite, en les mettant en regard, tout un ensemble de notions issues de pratiques et de recherches de disciplines différentes encore mal reliées - psychanalyse de l’enfant et du bébé, neurodéveloppement, neuropsychologie, psychosociologie... Pour justement chercher à les relier plutôt qu’à les juxtaposer sans cohérence, quelques chapitres déploient des questions de fond, en particulier « Vers une épistémologie du lien »et«Repen-

ser la question de la causalité ».

Dans le premier, Bernard Golse prône la conceptualisation d’une Troisième Topique ou Topique de la représentation du Lien pour un nourrisson en voie de subjectivation. Cette métapsychologie du lien ouvrant sur la Troisième Topique dans le champ de la Psychanalyse avait été présentée par Bernard Brusset dans un rapport notable de 2006 de la Revue Française de Psychanalyse. Adaptée au nourrisson, à l’infans, elle permettrait peut-être enfin de « dépasser le clivage entre interpersonnel et intrapsychique ».

Cette proposition rappelle celle d’une « Pulsion d’attachement » par le même auteur, Bernard Golse en 2004, qui tentait aussi un pont entre des théories provenant de champs différents.

Le deuxième, « Repenser la question de la causalité » nous permet de prolonger cette réflexion. Car la psychopathologie de l’enfant en développement ne peut se penser sans centrer notre attention sur les processus en cours et non sur des états. Ces processus, quelque que soit l’équipement génétique, neurobiologique et somatique, sont éminemment dépendants des conditions d’environnement, qu’il soit physique, relationnel, social ou soignant. « Le développement psychique et les troubles de ce développement se jouent à l’exact entrecroisement d’un certains nombres de facteurs endogènes et d’un certain nombre de facteurs exogènes » Dans ce modèle polyfactoriel, qui pourrait être celui d’un neuro-psy-développement intégratif et interactif - proposition personnelle -, causalité épigénétique et causalité interactive sont prises en compte et « la psychopathologie - qu’elle soitpsy- chanalytique, cognitive, systémique ou développementale - se doit impérativement d’intégrer cette dialectique fondamentale et fondatrice entre déterminants internes et déterminants externes. (...) La psychopathologie ne peut plus ignorer le corps, ce corps qui se trouve par essence à l’interface de la relation avec l’environnementexterne etde nos perceptions internes formant le socle de notre sen- sorialité, de notre sensualité et partant de notre sexualité ». Comme les neuroscientifiques ne devraient plus ignorer le psychique...

Le dernier chapitre « Faire confiance au bébé »

peut nous redonner un certain espoir car Le bébé et ses possibles, c’est aussi le bébé et ses compétences naturelles quand elles bénéficient du milieu sécurisant et bienveillant indispensable à leur déploiement. B. Golse, nous le rappelle en résumant ici les précieux travaux de l’Institut Loczy, ses principes et son éthique du soin et du sujet qui sont devenus la base de « L’Université Ouverte du bébé » à l’Université Paris-Descartes à vocation transdisciplinaire.

Il termine en discutant les différentes approches : thérapies conjointes parent(s)-bébé, psychothérapies psychanalytiques adaptées aux bébés comme aux patients non névrotiques, en affirmant que « les réflexions théorico-cliniques issues des progrès actuels de la psychanalyse de l’enfant (dont l’existence ne saurait plus être mise en cause) sont à même désormais de nous faire espérer des approfondissements fructueux de notre théorie de l’interprétation et de notre théorie de la cure » à tous les âges de la vie.

Pour conclure avec Bernard Golse, « Le développement précoce de l’enfant est un travail actif de coconstruction dynamique »et«les possibles du bébé sont infinis et imprévisibles car ils résultent d’une combinaison subtile entre la part personnelle du bébé et les multiples effets de rencontre par définition imprévisibles ». Ajoutons alors qu’il y aura sans doute un jour un tel effet positif de rencontre entre les neurosciences et la psychanalyse unies dans un même élan de coconstruction dynamique. Ainsi, l’avènement d’une troisième topique dans la théorie psychanalytique du bébé et de l’enfant, et celui d’une transdisciplinarité enfin possible, seraient bien les raisons profondes de ce livre qui nous redonne espoir.


© GEPPSS 2019

Les statistiques affichées correspondent au cumul d'une part des vues des résumés de l'article et d'autre part des vues et téléchargements de l'article plein-texte (PDF, Full-HTML, ePub... selon les formats disponibles) sur la platefome Vision4Press.

Les statistiques sont disponibles avec un délai de 48 à 96 heures et sont mises à jour quotidiennement en semaine.

Le chargement des statistiques peut être long.