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Numéro
Perspectives Psy
Volume 58, Numéro 1, janvier-mars 2019
Page(s) 11 - 12
Section À fleur de peau, sexualité et adolescence (I)
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/2019581011
Publié en ligne 22 juillet 2019

Initialement envisagés sur le thème des troubles de la maturation sexuelle à l’adolescence, nous présentons au lecteur de Perspectives Psy deux dossiers. Celui qui suit évoque le développement psychoaffectif de l’enfant, ses vicissitudes dans les désordres du fonctionnement limite ainsi que dans la clinique des dysphories de genre. Le prochain1 sera davantage centré sur les troubles du comportement alimentaire entre jouissance de faim et fin de sexualisation.

Ces articles déroulent évidemment la question qui revient itérativement dans nos journées savantes : que devient la pulsion sexuelle ? S’il a été fait le reproche, et ça continue, à certains psychiatres, aux psychanalystes en particuliers, d’obsessionnaliser cette interrogation, la société ne l’hystérise-t-elle pas très volontiers ? Surtout, très au-delà d’un refoulé prêt à penser, ne met-elle pas à disposition des adolescents, des enfants même, des médiations qui, faisant fi de la nécessaire progrédience de sa maturation et de ses latences, laissent éprouver un accordage à la fois énigmatique et effractant à leurs excitations, un accordage qui vire vers le désaccordage en entérinant diverses folies privées, pour certaines privées de sexuel (apparemment), pour d’autres incitatrices d’un éréthisme renouvelé quant à ses potentialités destructives.

Que devient la pulsion sexuelle ? c’est bien la question que, de l’intérieur, se posent l’adolescent et ses parents, ceux-ci qui revivent l’éternel retour de la charge d’excitation pubertaire : ici rien n’a changé. Pourtant certains en viennent à caractériser l’adolescent actuel comme un « mutant », sur la base (insécure ?) que l’ensemble des repères sur lesquels comptent les adultes pour comprendre leurs enfants se trouverait de plus en plus vite complètement dépassé (on avait cru suivre les réseaux sociaux numériques, et puis voilà qu’il y a encore autre chose, et encore autre chose, et déjà autre chose…). Nous serions séparés d’eux, eux dans un autre monde comme s’ils avaient muté sur ces mutations technologiques qui, toutes, engagent de nouvelles modalités de liens. N’est-ce pas, d’une part, penser un peu vite que l’esprit humain serait capable de se développer, harmonieusement, à la vitesse des micro-processeurs ? N’est-ce pas, encore, renforcer le degré de fascination que les nouvelles technologies engagent dans une perspective de différenciation générationnelle virant de plus en plus vers une tendance à l’aconflictualisation ? N’est-ce pas, surtout, ériger une mutation en en oubliant l’esprit profond ?

Moins il y a de tabous, plus il se construit de totems, d’objets durs (peu transitionnels) pour se déprendre d’angoisses en manque de limites suffisamment contenantes : ce qui reste donc certain, oui, c’est la mutation dans sa définition la plus génétique, l’acquisition d’un caractère nouveau par une structure formée préexistante. Qu’on le veuille ou non… on y revient invariablement à l’adolescence : la mutation c’est le corps dans sa force physique renouvelée et le sexuel se génitalisant. Ça remonte… même si dans une logique marchande complice du mouvement adolescent, des objets changeants prothèsent cette éternelle apparition de la mutation (la mise en avant de l’adolescent, jusqu’à l’adulescent, tient très largement à la reconnaissance qu’il constitue un marché émergent – ceci se passant de même, on le sait, pour diverses « maladies » psychiques).

Autre manière de considérer « la chose » : la sorcière métapsychologique est-elle vaincue par un discours médical qui classe en petites cases de plus en plus débarrassées de la notion du développement psycho-affectif tel que la maturation sexuelle se trouve décrite en termes non réductibles aux seuls caractères sexuels précisément dits secondaires ? L’éruption du dénié est plus éprouvante que le retour du refoulé et il nous semble que, justement, pour penser l’adolescence, ses vertiges et ses troubles, le clinicien doit garder toute son attention à la représentation de la sexualité infantile, son polymorphisme, ses tâtonnements et, notamment, son érection possible, pour les deux sexes, sur la base du courant tendre (lequel n’est certainement pas vide de sexuel !). La maturation sexuelle peut alors être décrite selon la caractérisation d’un processus traumatique, ceci en particulier dans les fonctionnements limites, caractérisation dont le lecteur vérifiera ici qu’elle ne se range nullement au service d’une nouvelle évacuation de la considération du monde fantasmatique du sujet. C’est cette attention aussi à l’intime, comment il s’est construit, comment il est accordé à l’adolescence aux ressources du sujet luimême, ses équilibres antérieurs, sa tolérance transitionnelle ou pas à l’étranger et à l’étrangeté, comment il est lié aux ressources de son environnement, c’est bien cette attention détournée des classifications les plus opératoires qui rend compte et explicite l’ensemble des perspectives thérapeutiques envisagées ici, notamment lorsque nous évoquerons le gain de l’institutionnel. Le lecteur, sur ces deux dossiers, va par conséquent pouvoir suivre l’expérience d’un service de pédopsychiatrie de l’adolescence, son expérience plus que son expertise, son questionnement ouvert posé sur certaines bases théoriques que nous venons d’esquisser et qui vont trouver, au début de ce présent volume, davantage d’explicitations pragmatiques.

En vous souhaitant une bonne lecture et un bon plaisir.

LIENS D’INTÉRÊT

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


1

La 2e partie de ce dossier sera publiée dans le prochain numéro (Perspectives Psy no 2, avril-juin 2019).


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