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Numéro
Perspectives Psy
Volume 57, Numéro 1, janvier-mars 2018
Page(s) 8 - 9
Section Constructions des savoirs en psychiatrie
DOI https://doi.org/10.1051/ppsy/2018571008
Publié en ligne 10 octobre 2018

Ce dossier a trouvé son inspiration dans une réflexion et un questionnement de Bernard Odier, alors président de la Fédération Française de Psychiatrie, qui, lors d’une réunion qu’il animait dans ses fonctions fédératives, a estimé qu’il vaudrait la peine de rédiger un article sur l’évolution de la place des société savantes dans la construction des savoirs en psychiatrie. D’emblée, Bernard Odier a avancé une séquence historique dans cette construction des savoirs en psychiatrie qui, depuis les années 1950, qui se serait articulée en trois étapes :

1. un premier temps avec les conférences de consensus ;

2. un deuxième temps avec les rapports d’expertises INSERM ;

3. un troisième temps, celui d’aujourd’hui, des recommandations de la HAS.

Nous avons pris au mot la piste de cette interrogation épistémologique initiale pour l’amener, au travers d’une réflexion collective, jusqu’à la constitution du présent dossier, ainsi assemblé.

Nous connaissons tous aussi le profond sillon que tracent Jean-Michel et Monique Thurin dans la recherche clinique en psychiatrie, en psychopathologie et dans le champ de l’évaluation des psychothérapies. À chacun d’entre eux nous avons demandé une contribution à ce dossier.

Dans sa réflexion « Analyse d’un blocage et ouverture vers l’avenir. L’expérience de la Fédération Française de Psychiatrie », Jean-Michel Thurin explore l’histoire de celle-ci, créée en 1992 par 21 associations et sociétés savantes dans les locaux de l’INSERM. L’auteur, entre autres président du collège Recherche de la FFP, après avoir été secrétaire général puis président de celle-ci, analyse les facteurs déterminants du contraste qui s’établit entre les 15 premières années de fonctionnement de la FFP et les suivantes, un contraste considérable estime-t-il. Il nous dit son espoir, aux conditions qu’il nous avance, que cette expérience historique initiale puisse se prolonger.

Monique Thurin témoigne de sa participation assidue aux conférences de consensus mises en place par la Fédération Française de Psychiatrie, promoteur de sept conférences et de deux auditions publiques (1994-2009). Ces très féconds moments de convergence de connaissances ont concerné des problèmes graves tels que le suicide, la maltraitance, les dépressions chez l’enfant ou encore les troubles schizophréniques... Toutes ces connaissances, au travers des publications de la FFP, ont été mises à la disposition des praticiens et professionnels qui sont confrontés quotidiennement à ces problèmes. Monique Thurin nous livre la méthodologie suivie pour ces conférences de consensus qui en ont connu plusieurs modalités. C’est aussi les manières de faire et l’ambiance de ces ferventes réunions de travail, qui ont laissé de profondes traces chez leurs participants, que nous fait partager si vivement Monique Thurin. Jean-Jacques Laboutière a, lui aussi, été secrétaire général puis président de la Fédération Française de Psychiatrie, une présidence qui se trouve alternativement occupée par un psychiatre universitaire, un psychiatre des hôpitaux et un psychiatre en libéral (aujourd’hui en fonctions : Jean-Jacques Bonamour du Tartre).

Jean-Jacques Laboutière nous offre une passionnante réflexion portant sur 25 années de travail en libéral. La formulation de son titre constitue un clin d’œil à l’anniversaire du quart de siècle d’existence de la FFP ellemême. Le fort ancrage épistémologique de sa réflexion nous donne accès aux différentes forces – et à leurs combinaisons – qui ont pu modifier la pratique des psychiatres en ville. L’attachement à la chronicité que décrit Jean-Jacques Laboutière avec une rigoureuse finesse, se pose en contre-point de la récurrence, celle des moments de crises, et elle nous invite à résister au mouvement que l’auteur nomme d’industrialisation des soins.

Isabelle Secret-Bobolakis, qui a participé à plusieurs recommandations de bonnes pratiques professionnelles à la HAS et à l’ANESM, propose une analyse critique de l’élaboration de ces recommandations. Le titre de sa contribution évoque la ligne de partage à y distinguer entre « le rationnel et le passionnel ». Nous laissons le lecteur suivre le fil du rasoir de pareille ligne de crête.

Last but not least, Bernard Odier, l’inspirateur de ce dossier, nous propose un constat et une stratégie. Le constat est celui du fossé semblant infranchissable entre l’activité clinique d’un psychiatre et les études multicentriques multinationales. La stratégie proposée s’adresse aux cliniciens attentifs – ils le sont tous – qui peuvent d’une part en s’appuyant sur des petites séries de cas détecter des régularités à même de constituer des hypothèses pour d’autres cliniciens et comment d’autre part leur travail clinique une fois formalisé peut s’inscrire dans des études prometteuses en termes de connaissances des liens entre les interventions des thérapeutes et les changements chez les patients grâce à une connaissance fine de leurs troubles et de leurs évolutions. Comme le souligne Bernard Odier, en France, la recherche coopérative sur les mécanismes d’action des psychothérapies entreprises sous la houlette de Jean-Michel Thurin, avec le soutien logistique de l’équipe du Pr Falissard constitue un bon exemple d’une recherche « frugale » et prometteuse.

À nous de nous emparer davantage de ces pistes prometteuses, guidés que nous sommes en France par nos puissants haleurs que sont ceux qui ont bien voulu nous aider à constituer ce dossier.

Une forme de suite à ce dossier est en train de se construire sous la direction de Bertrand Welniarz au travers d’un prochain numéro qui sera consacré à l’anniversaire – 50 ans ! – de la séparation de psychiatrie de la neurologie, impulsée en 1968, une séparation qui a marqué directement la formation des psychiatres. En attendant ce numéro, un présent article de Jean Garrabé présente les apports des Livres blancs de la psychiatrie.

Liens d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt concernant les données publiées dans cet article.


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